Je n'attends qu'une chose, prendre la route. Reprendre l'autoroute à une heure où les parisiens seront passés, être seule dans ma voiture et pleurer. 

A l'avenir je saurai. Quand on n'a pas vécu quelque chose, on ne sait pas. Je ne savais pas. Je ne me rendais pas compte que je mettais le doigt dans l'engrenage. J'ai mis un coup de pied dans la fourmilière. J'ai cru que j'en avais besoin, que je m'étais trompée. Quand me suis-je trompée exactement ? Telle est la question qui tourne en boucle. Me suis-je trompée il y a 4 ans ou bien est-ce maintenant ? Ni l'un ni l'autre ? 

Les dimanches ensoleillés ici me rappellent P. Il me manque, P. Souvent. Je l'ai puni d'avoir mûri moins vite. Je l'espère heureux. Je suis juste nostalgique. J'ai toujours regretté de ne pas avoir eu l'occasion de lui rendre un peu de tout ce qu'il m'avait donné. Je garde une grande estime pour lui. J'espère être devenue meilleure. Je ne sais plus.

J'avais tout. Pour une fois j'avais tout. 

Comment expliquer cela. Je sais qu'on a tout mais il me manque quelque chose, tu comprends ? Bien sûr que non tu ne comprends pas. Et moi non plus. Dans le fond j'aurais juste voulu que tu sois plus sensible. Que tu aies plus d'empathie. Je t'aurais pardonné plus aisément ton impolitesse et ton égoïsme à certaines occasions. J'aurais voulu que tu t'intéresses. Que lorsqu'on allait à Giverny tu t'exaltes devant la beauté du lieu plutôt que de râler après la chaleur. Que lorsqu'on se baladait dans Himeiji tu sois heureux de découvrir au lieu de te montrer désagréable parce que tu craignais de te perdre. J'avais besoin d'enthousiasme.
 

Voilà, c'est de là que tout est parti. Tu m'as mal parlé une fois de plus. Ce matin-là j'ai pété un plomb parce que je n'ai plus supporté ton pessimisme et ton attitude toujours plus négative. J'ai suffoqué. Et depuis ce matin-là je nen peux plus de suffoquer.
 

J'aimerais revenir en arrière. Je voudrais de toutes mes forces. Mais je n'y arrive pas. Et les souvenirs reviennent, ceux que j'ai enfouis au début. Tu ne sauras jamais mon histoire. Parce que je sais que tu ne la comprendrais pas.

Et de l'autre côté de la voie il y a cet homme. Cet homme qui me protège quand je n'ai rien demandé.
J'étais mal. J'ai tremblé dans ses bras une fois. Ce matin où je me suis demandé si tu serais capable de violence. J'ai quitté l'appartement, j'ai roulé, je me suis arrêtée quelque part. Et quand je suis revenue quelques heures plus tard j'ai dit que je voulais partir.

Tu t'es calmé depuis. Tu es même redevenu gentil. De l'eau a coulé sous les ponts. Pourtant je n'arrive pas. A avoir envie de toi. 

Parce qu'être à côté de lui me rassure. Sa présence m'apaise comme m'apaisait celle de P. J'ai confiance en lui. Entièrement.

J'ai tellement peur de m'être trompée de vie.