¤ Lueurs étranges ¤

30 décembre 2020

Gouffre.

J'ai compris que j'allais devoir te quitter ; je me sens sonnée. Tout ça pour ça. Je ne vois plus que le vide devant moi. Dans ta paranoïa habituelle tu retires l'adresse de l'enveloppe que tu t'apprêtes à jeter, tu fais bien, mon nom n'y sera bientôt plus associé. Je te dis que je suis fatiguée et tu as l'air d'y croire. Mais je suis effondrée. Notre conversation t'a rasséréné, tu te montres de nouveau tendre, avenant. Elle m'a anéantie. Pas sur le moment. Après. Quand j'ai compris ce que j'avais plus ou moins toujours su, quand j'ai compris d'où venait mon mal-être depuis tous ces mois. Il venait de toi. Avec toi je ne ferai jamais partie que des meubles, je ne suis que décoration. Tu es prêt à me faire une place dans ta vie, et là est tout le problème. Cela reste ta vie. Tu n'as jamais sérieusement envisagé d'en construire une nouvelle. Et moi j'ai cruellement besoin de vivre ma propre vie. Si je veux y parvenir un jour, l'unique option est de te quitter maintenant. Je vais déjà tellement souffrir.

Reculer n'a jamais aidé à mieux sauter.

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07 décembre 2020

Zone sombre.

Je vis bien le confinement. Par rapport à plein d’autres personnes, je veux dire. J’ai retrouvé une vie privée, je ne me coltine plus 3 à 4 heures de transport par jour, je n’ai plus à supporter les collègues qui m’agacent, et surtout, j’ai retrouvé une vie personnelle. Toutefois, je m’aperçois que ce rythme effréné empêchait mon cerveau de penser. Je m’en étais déjà aperçue lors du premier confinement. J’avais des insomnies terribles, des souvenirs s’imposaient à moi, des souffrances passées refaisaient surface, parfois même des choses auxquelles je n’avais pas pensé depuis des années. Et je me sentais parfois très mal. Au cours de ce deuxième confinement, l’effet est moindre, car j’ai davantage de travail, mon cerveau est davantage stimulé, je suppose. Mais quand même. Tout y passe. Mon enfance atypique, la violence de ma mère parfois, aussi bien physique que psychologique, la maladie, l’alcoolisme, le harcèlement scolaire (non, on ne mettait pas de mot dessus à cette époque, et on n’en faisait pas tellement cas non plus d’ailleurs), les déboires sexuels, le suicide, la perte de certains amis, la perte de mes amants et amis successifs, le harcèlement au plan professionnel, l’isolement, la trahison. Il y a tellement de gens à qui je n’ai pas pardonné, et surtout tellement de choses que je ne me suis pas pardonné à moi. Tellement de choses que j’aurais voulu dire aux uns et aux autres. P. avait dit, au moment de notre séparation, Tu es une belle personne. C’était faux. A ce moment je n’étais pas une belle personne. J’étais une personne en souffrance, pleine de rancœur, d’angoisses qui m’empêchaient d’être belle. Je ne dis pas que je suis belle aujourd’hui. Je crois juste que je suis meilleure.

L’amitié de P. est ma plus grande perte. Je suis incapable de parler de beaucoup de choses mais si je fais le bilan, il est la personne qui aura tout su de mes petits secrets. Pas forcément dans le détail, mais presque tout. Si je garde peut-être son estime, je ne peux plus avoir cette amitié forte qui nous avait liés si vite.

Cette nuit, c’est ma rencontre avec L. qui m’est revenue en tête et a accaparé le fil de mes pensées. Ce sujet ne m’avait pas taraudée depuis un moment. Régulièrement, il revient. Cette nuit donc, je me demandais s’il savait. S’il était possible qu’il ait eu conscience. Et dans mon esprit la réponse est oui. Bien sûr qu’il avait conscience.

J’ai écrit ceci le 8 décembre 2019 (quelle coïncidence, tout juste un an) : Cette nuit, j’ai rêvé que nous marchions sur le pont de Brooklyn. Un homme, que je ne connais pas dans la vie réelle et qui ressemblait à Barney Stinson dans How I met, parvenait à notre hauteur. A l’instant où nous nous croisions, vous échangiez un regard qui en disait long, alors qu’une sensation de malaise me prenait. Sans me tourner, je t’interrogeai : « C’est lui, n’est-ce pas ? Je le sais, pas seulement à cause de ce regard, je l’ai senti dans tout mon corps. » Dans la vie réelle, le soir où vous vous êtes croisés, serré la main et même parlé, je ne t’ai pas révélé qui il était. J’ai seulement prié pour que les autres ne lui proposent pas de rester passer la nuit.

Je n’ai jamais réussi à en parler, parce que, ce qui me fait davantage souffrir que les faits eux-mêmes, c’est d’entendre l’avis des autres, de ceux qui ne savent pas comment cela arrive. Alors, parler de cela à quelqu’un qui ne comprendrait pas et qui nierait ma douleur, ce serait pire que la cicatrice elle-même. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais rien dit. Je me sentais en partie responsable, coupable même, puisque c’est le mot, et je ne trouvais d’expérience similaire chez personne. Jusqu’à ce que Karine Tuil, dans son roman Les choses humaines, aborde le sujet. Celui baptisé « zone grise ». Elle explique comment cela peut arriver, certes. Néanmoins, on referme le livre en se disant, il y a juste eu incompréhension entre deux personnes, parce que l’une n’a pas su s’exprimer et l’autre n’a pas su écouter, voir, sentir. La jeune fille n’a pas dit non. C’est exactement ce que je me reprochais à moi-même. Le mot n’était pas sorti. A aucun moment.

Et puis j’ai lu Zone grise, de Loulou Robert. Même si j’ai eu du mal à accrocher au style littéraire, Loulou Robert exprime parfaitement ce que je ressentais jusqu’alors. C’est exactement ce qu’il s’est passé. J’étais une fille. Une fille bien élevée. A moi, on m’avait appris à être polie, à être gentille et à faire plaisir. On m’avait appris à dire oui. On m’avait montré des dessins animés et des films dans lesquels l’homme aimé se comporte tendrement. On m’avait formatée. Ajoutez à cela l’absence de père - en très raccourci - , le manque d’estime de soi, une bonne dépression, et on obtient ce résultat. On m’avait par ailleurs appris que ces choses arrivent aux jeunes femmes légères, frivoles, belles, seules qui se baladent la nuit dans les parkings.

La réalité, c’est que j’ai été sidérée. Je n’ai pas dit non parce que je me suis sentie piégée, tous les éléments de contexte m’avaient mise en confiance. Alors, quand les choses ont dérapé, ce qui m’est venu à l’esprit n’a pas été « Je dois dire non et partir s’il le faut ». Ce qui m’est venu à l’esprit, c’est « Je ne peux pas partir, cela serait malpoli, cela paraîtrait étrange ». Je sais que cela paraît dingue, mais je me suis fixé une heure à partir de laquelle décamper ne paraîtrait plus impoli ni étrange. Et je me suis focalisée sur les chiffres du radioréveil qui tournaient. Rien d’autre. Jusqu’à ce que les choses prennent une tournure insoutenable, que je pleure, et qu’il me libère en me disant qu’il vaudrait mieux que nous ne nous revoyions pas et qu’il faudrait n’en parler à personne. Je suis rentrée chez moi, je me souviens encore quelles rues j’ai emprunté. A ce moment je n’avais pas du tout conscience de ce qu’il venait de se passer. Je suis rentrée, et j’ai pris une douche. C’est très cliché. J’ai ressenti le besoin de me laver intégralement. Cet épisode me laissait un goût amer, un malaise. Je le voyais comme un ébat sexuel qui avait mal tourné.

Lorsqu’il a voulu me revoir, j’ai refusé. Je ne savais pas pourquoi je refusais, mais je l’ai fait. Ce n’est qu’un an après environ, lorsque l’odeur de tabac froid et certains gestes me sont devenus insupportables, que la scène m’est revenue en mémoire et que j’ai commencé à m’interroger sur la nature de ces ébats "ratés". Je n’arrive pas à employer le mot viol. Je n’arrive pas à l’appliquer à mon propre cas, parce que je n’ai pas dit le mot magique, Non.

Un garçon, face à une fille plus que passive, inactive, dont le regard est perdu dieu sait où, ne se pose-t-il vraiment aucune question ? Faut-il vraiment le dire, ce Non ? Haut et fort ?

Que Loulou Robert se rassure… près de 10 ans après, adulte et dans une situation semblable (en confiance, avec des gens que je connaissais très bien), lorsque j’ai senti que les choses allaient déraper, lorsque j’ai su ce qu’il allait se passer, une fois encore je me suis sentie coincée. Tout ce que j’ai pensé c’est « il faut que je dise Non, pour que cette fois-ci je ne ressente pas la culpabilité de ne pas l’avoir dit ». Je l’ai dit au moins deux fois. Que Loulou Robert se rassure donc, le résultat a été strictement identique. La différence, c’est que ce mâle-là n’avait absolument pas conscience de ce qu’il avait fait. Mais vraiment pas. Et c’est d’ailleurs un volet que l’on retrouve aussi bien chez Karine Tuil que chez Loulou Robert. Les filles sont éduquées pour dire oui, les garçons pour prendre. Tout commence par l’éducation. J’en suis convaincue. Oui, peut-être que ce qui m’est arrivé aurait pu être évité. La convergence de deux mauvaises éducations a abouti à ce résultat.

Dans le deuxième cas, comme je le disais, l’autre n’a pas pris conscience de ses actes (j’ai su par la suite qu’une autre jeune femme l’avait accusé de viol, je n’étais donc pas la seule… cela semblait lui faire mal, il ne comprenait pas) ; dans le premier cas, j’ignore si l'autre savait ce qu’il faisait et l’ignorerai toujours.

Je n’ai qu’une conviction intime. Le fait de l’avoir recroisé, à cette soirée sur la plage, et qu’il ait salué absolument tout le monde sauf moi, me laisse penser qu’il l’a su à un moment donné. Est-il devenu quelqu’un de meilleur aujourd’hui ? Peut-être. Je ne le saurai jamais. J’ai oublié son nom de famille. Mais je n’ai pas oublié la maison.

Je n’ai jamais oublié la main sur ma nuque et je peux réagir violemment quand on me touche la nuque, je ne le contrôle pas. Je suis méfiante quand je rencontre un nouvel homme. Ils n’en parlent pas mais ils perçoivent. A un geste de repli, à mon cœur qui bat trop vite, à un regard qui change.

C’était un lundi.

C’est étrange, la première fois m’a marquée davantage que la deuxième, qui elle-même m’a marquée davantage que la troisième. A croire qu'on s'habitue. Adulte et pourtant, toujours vulnérable (bien que la troisième, je n’aurais vraiment rien pu faire).

Les gens qui jugent ne savent pas comment cela arrive. Cela dépend du vécu bien sûr, il y a indéniablement une part de subjectivité, mais pas que. Au moment où cela arrive, le cerveau s’arrête de penser. Le mien s’est arrêté. J’ai attendu que cela passe, je ne me souviens d’ailleurs pas de grand-chose. Juste des sensations. Tactiles, olfactives. Des chiffres du réveil. C’est tout.

Aujourd’hui, 15 ans après, j’arrive à dire au moins cela. Enfin, à écrire cela. Anonymement. C’est un début. C’est un service que je me rends à moi-même. Pour alléger mon cerveau.

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16 avril 2020

"SEP"

Il se produit comme un court-circuit dans mon cerveau. Au moment où je lis ces mots. Sclérose en plaques. Je n'arrive pas à intégrer. Y associer ton prénom, c'est non, je refuse. Et puis mon cerveau assimile et je me sens profondément triste.

Tu es seule dans cet hôpital où personne n'a le droit de te rendre visite, je crois que je sais, au moins un peu, le choc, l'incompréhension, le sentiment d'injustice, les espoirs anéantis, la peur du futur.

Ta vie a basculé à jamais. La nôtre un peu aussi. Quand j'étais enfant je vous voyais comme le modèle de la famille heureuse, à qui tout sourie. Je vous ai toujours un peu enviés, sans jalousie, sans mauvaise intention. Je me demandais simplement pourquoi moi je vivais tant de malheurs, pourquoi j'étais née du mauvais côté, je me sentais comme un personnage du livre des Baltimore... Aujourd'hui encore j'avais dans l'idée que vous étiez intouchables. C'est comme un mythe qui s'effondre.

Aviez-vous connu trop de bonheur et cela se paie-t-il un jour.

Tu es belle, tu es jeune, tu es bosseuse, tu es drôle, tu as tout pour toi..et ce n'est pas que je souhaite à quiconque de connaitre ce sort mais, cela me peine énormément que la maladie te prenne toi.

J'ignore si toi tu aurais été peinée pour moi. J'ai toujours eu l'impression de vous aimer plus que vous ne nous aimiez nous. Les gens à qui il arrive des choses tristes on a plutôt tendance à les fuir.. A partir d'aujourd'hui tu vas devoir apprendre qui sont tes véritables amis.. Je ne te le dirai probablement jamais mais je t'aime beaucoup et je ne trouve plus de mots pour exprimer ma tristesse. 

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20 février 2020

Insomnies.

Impossible de dormir. Je m'observe, m'aperçois que les pensées fusent. J'ai besoin de me calmer pour trouver le sommeil et l'endormissement. Alors je m'imagine arriver à ce croisement de rues. Dans la rue de l'Université les voitures passent à toute vitesse. Je ferme les yeux et décide de traverser au petit bonheur la chance. Une berline noire ne s'arrête pas et me projette quelques mètres plus loin sur une camionnette blanche stationnée là ; je retombe lourdement sur l'asphalte. En position fœtale, plus aucun bruit. Tout s'arrête pour moi, enfin je me sens bien. Personne ne s'apercevra de mon absence ce matin-là. Ma famille s'interrogera quelques jours plus tard.

Mettre un terme à tout cela semble si... réalisable.

La pensée m'apaise et tout en me laissant pour morte sur la chaussée de la rue de l'Université je glisse enfin dans le sommeil.

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07 janvier 2020

31.12.2019

T'es complètement à côté de la plaque
Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond chez toi
Mauvaise foi
Mieux fait par quelqu'un d'autre
Il serait temps que tu t'en rendes compte

Tu es très jolie ma chérie.

Posté par Ida_P à 21:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]