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¤ Lueurs étranges ¤

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¤  Lueurs étranges ¤
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19 septembre 2021

Ta mère.

Parfois, tu me disais : "Tu ne l'aimes pas, ma mère"

Tu te trompais. Au début même, j'aimais beaucoup ta mère. Je la voyais comme une femme douce, ouverte, compréhensive, généreuse, tolérante, altruiste. 

Au fur et à mesure, les choses se sont corsées. Elles se sont corsées lorsque ta mère a perçu que nous ne partagions pas toujours les mêmes opinions. Elle s'est mise à me balancer des piques sans que tu t'en aperçoives. Elle restait une personne intelligente, c'était fait subtilement... tellement subtilement que je ne pouvais pas t'en parler sans risquer de passer pour une folle. 

Je ne supportais plus les affirmations du type "il faut être stupide pour penser comme ceci" "tout le monde devrait faire cela", alors qu'elle savait très bien que je pensais comme ceci et ne faisait pas cela. J'ai découvert qu'elle n'était pas si tolérante que ça, et plus elle exprimait son mépris pour les personnes qui raisonnaient différemment (donc pour moi), plus cela me donnait envie de raisonner différemment... et nous sommes ainsi entrées toutes les deux dans un cercle vicieux, sans que tu t'en aperçoives...

Bien sûr, il y a le jour où nous avons parlé pour la première fois de vivre ensemble, où tu m'as dit que tu ne préférais pas, que tu en avais déjà parlé avec ta mère. J'ai été choquée. J'aurais dû être la première interlocutrice. Ta mère pensait que c'était une mauvaise chose, et donc toi aussi. Elle s'immisçait dans la progression de notre relation, et toi tu ne voyais rien. Sans doute aussi ne m'aimais-tu pas comme moi je t'aimais, cela je ne pourrai jamais te le reprocher. 

Et puis il y a eu cette phrase qui m'a profondément choquée un midi. 

Et puis ce jour où elle n'a même pas envoyé un SMS pour mon anniversaire. Le message était clair (ou plutôt l'absence de message). Je ne voulais pas de cadeau, je m'en moquais. Un texto aurait suffi. 

Petit à petit je sentais que je n'étais plus la bienvenue chez toi, tu me donnais des prétextes bidons. Je pense que ta mère n'avait plus envie de me voir chez elle. J'aurais été capable de le comprendre, car il est vrai qu'à un moment j'étais très présente. Il existe une façon de dire les choses, de les expliquer. Mais cela n'a pas été fait. De mon point de vue donc, ta mère refusait de te laisser grandir et vivre ta vie. Elle orientait tout, et toi tu disais amen à tout. 

J'ai fini par comprendre que je ne pourrai jamais l'emporter dans ton coeur. Or, pour moi, j'étais censée être ton avenir et ta mère ton "passé" si je puis dire. Ton admiration pour elle semblait ne pas avoir de limite. Et j'ai été lassée. 

Au fur et à mesure, nous ne nous voyions presque plus, et toi ça te convenait. Moi, au fur et à mesure que nous ne nous voyions plus, je commençais à ne plus avoir besoin de toi, à construire ma vie sans toi. J'ai cessé de t'attendre. Jusqu'au jour où je me suis dit que je ne t'aimais plus. Plus comme on aime son partenaire. Nous étions devenus des potes. 

Ce n'est pas que je n'aimais pas ta mère. C'est simplement qu'elle m'avait beaucoup déçue. Par la haute opinion qu'elle avait d'elle même. En ne s'appliquant pas ses propres principes de tolérance etc. Elle peut être une personne super avec ceux qu'elle apprécie, à condition qu'ils pensent comme elle et que son fils ne lui échappe pas trop. Sinon, l'estime est perdue. Elle n'était pas si belle, finalement... 

Mais peut-être ai-je eu ce sentiment, à tort. Ta mère constituait sans doute un frein, mais il me semble que par ailleurs tu ne m'aimais pas suffisamment. Tu n'avais pas cette envie de construire avec moi, je n'étais pas admise aux soirées avec tes amis, soit-disant réservées aux étudiants "intégrés". Plus tard, M. m'a affirmé que ce n'était pas du tout le cas. J'aurais été parfaitement capable de comprendre que tu voulais conserver un pan de ta vie pour toi, sans moi. Mais tu ne l'as jamais exprimé. 

Je sentais bien que j'étais exclue mais je ne comprenais pas pourquoi. Et une partie de moi n'aura cessé de penser que tu m'as éloignée parce que maman ne m'approuvait plus. Ou bien tu as fait en sorte que je le croie. 

Objectivement, je n'étais pas la plus belle des personnes à cette époque. J'étais très seule, stressée, malheureuse. Je n'avais pas, pour réussir mes études, le confort et l'insouciance dont toi tu bénéficiais. Nous n'étions plus tout à fait sur la même longueur d'ondes, je suppose. Et il arrivait que les difficultés rencontrées me rendent mauvaise. Avoir votre confort sous les yeux accentuait mes manques et mes frustrations. Par ailleurs, je me sentais tellement mal que je ne parvenais pas à te parler, à te dire les choses. Aujourd'hui j'y arrive un peu mieux. J'essaie. C'est important pour la survie du couple.  

Je pense que ta mère a gardé une sale opinion de moi. Tant pis. Il n'y a que les abrutis qui ne se remettent jamais en question, qui n'essaient pas de comprendre. De mon côté, je ne conserve pas une mauvaise image d'elle. Nos traits de caractère étaient juste incompatibles.

Après toi, j'ai eu une belle-mère très chouette, que j'ai fait en sorte de rapprocher de son fils... le comportement de son fils à son égard me faisait honte. Mais lorsque j'ai quitté son fils, que n'avais-je pas fait là... elle ne m'a plus adressé la parole. Pendant plusieurs jours. Ensuite, les échanges ont manqué de sincérité. Le père, qui de mon point de vue avait toujours été un connard, est resté fidèle à lui-même. J'ai été critiquée, dénigrée, très injustement d'ailleurs. Ce sont des gens qui reconnaissaient les défauts de leur fils, qui auraient été capables de comprendre ma décision. Mais non, c'était le fils chéri. Alors j'étais forcément la méchante de l'histoire. Oui, j'avais des torts, je ne le nie pas. Lui aussi indéniablement, mais jamais ils ne se seront posé la question... J'ai su que ça leur posait problème que je continue à entretenir des liens avec les grands-parents. J'adorais les grands-parents. Ils étaient devenus une seconde famille pour moi. Ils ont continué à me recevoir, sans jugement. Jusqu'à leur décès respectif. C'étaient des gens bien, des gens qui ne se mêlent pas des histoires de couple, qui ne prennent pas parti.

Aujourd'hui, j'ai des beaux-parents plus éloignés de moi en âge (et en distance), donc nous ne sommes sans doute pas aussi proches. Cependant, ce sont des gens bien. Lorsque nous savons pertinamment que nous ne serons pas d'accord sur un sujet, aucun de nous ne vient titiller l'autre, et même si mon beau-père peut parfois insister un peu trop, je ne sens aucune volonté de blesser ou de provoquer, aucune mauvaise intention. Le fait que ma belle-mère ait gardé des liens avec son ex belle-fille m'a rassurée dès le départ. J'ai tout de suite su qu'elle ressemblerait à ma mère. Car si ma mère a beaucoup de défauts, elle n'a jamais, absolument jamais, détesté l'un de nos ex sous prétexte que nous étions séparés, et c'est pour moi une grande preuve d'intelligence. Ma mère m'a toujours dit qu'on ne savait jamais vraiment ce qu'il se passait à l'intérieur d'un couple et qu'on ne pouvait pas juger ; comme elle avait raison ! 

Bref, parfois je repense à tout ça, à tous les bons moments que m'aura offert ta famille, et je ne peux m'empêcher de penser, quel gâchis. J'ai longtemps regretté de ne pas avoir pu te rendre un dixième de ce que ta famille et toi m'aviez offert. Et aujourd'hui je me dis, tant pis. Tant pis si avoir de mes nouvelles une fois tous les ans te suffit. Je suis d'accord pour dire que les amitiés vraies n'ont pas besoin d'être alimentées autant que les autres. Mais même les amitiés vraies ont parfois besoin de sentir qu'elles comptent toujours. Si dans le futur tu avais besoin de moi, je répondrais présente. Mais je sais que moi, je n'oserais pas te dire que j'ai besoin de toi. 

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5 mai 2021

Et puis mai...

En ce 5 mai, jour anniversaire de ta mort, j'ai la confirmation officielle que je suis enceinte. L'ironie du calendrier... toujours.

29 avril 2021

Liste de courses.

1 arrêt de soins

2 cancers

3 décès

1 amputation.

Belle perf. pour le mois d'avril.

7 décembre 2020

Zone sombre.

Je vis bien le confinement. Par rapport à plein d’autres personnes, je veux dire. J’ai retrouvé une vie privée, je ne me coltine plus 3 à 4 heures de transport par jour, je n’ai plus à supporter les collègues qui m’agacent, et surtout, j’ai retrouvé une vie personnelle. Toutefois, je m’aperçois que ce rythme effréné empêchait mon cerveau de penser. Je m’en étais déjà aperçue lors du premier confinement. J’avais des insomnies terribles, des souvenirs s’imposaient à moi, des souffrances passées refaisaient surface, parfois même des choses auxquelles je n’avais pas pensé depuis des années. Et je me sentais parfois très mal. Au cours de ce deuxième confinement, l’effet est moindre, car j’ai davantage de travail, mon cerveau est davantage stimulé, je suppose. Mais quand même. Tout y passe. Mon enfance atypique, la violence parfois, la maladie, l’alcoolisme, le harcèlement scolaire (non, on ne mettait pas de mot dessus à cette époque, et on n’en faisait pas tellement cas non plus d’ailleurs), les déboires sexuels, le suicide, la perte de certains amis, la perte de mes amants et amis successifs, le harcèlement au plan professionnel, l’isolement, la trahison. Il y a tellement de gens à qui je n’ai pas pardonné, et surtout tellement de choses que je ne me suis pas pardonné à moi. Tellement de choses que j’aurais voulu dire aux uns et aux autres. P. avait dit, au moment de notre séparation, Tu es une belle personne. C’était faux. A ce moment je n’étais pas une belle personne. J’étais une personne en souffrance, pleine de rancœur, d’angoisses qui m’empêchaient d’être belle. Je ne dis pas que je suis belle aujourd’hui. Je crois juste que je suis meilleure.

L’amitié de P. est ma plus grande perte. Je suis incapable de parler de beaucoup de choses mais si je fais le bilan, il est la personne qui aura tout su de mes petits secrets. Pas forcément dans le détail, mais presque tout. Si je garde peut-être son estime, je ne peux plus avoir cette amitié forte qui nous avait liés si vite.

Cette nuit, c’est ma rencontre avec L. qui m’est revenue en tête et a accaparé le fil de mes pensées. Ce sujet ne m’avait pas taraudée depuis un moment. Régulièrement, il revient. Cette nuit donc, je me demandais s’il savait. S’il était possible qu’il ait eu conscience. Et dans mon esprit la réponse est oui. Bien sûr qu’il avait conscience.

J’ai écrit ceci le 8 décembre 2019 (quelle coïncidence, tout juste un an) : Cette nuit, j’ai rêvé que nous marchions sur le pont de Brooklyn. Un homme, que je ne connais pas dans la vie réelle et qui ressemblait à Barney Stinson dans How I met, parvenait à notre hauteur. A l’instant où nous nous croisions, vous échangiez un regard qui en disait long, alors qu’une sensation de malaise me prenait. Sans me tourner, je t’interrogeai : « C’est lui, n’est-ce pas ? Je le sais, pas seulement à cause de ce regard, je l’ai senti dans tout mon corps. » Dans la vie réelle, le soir où vous vous êtes croisés, serré la main et même parlé, je ne t’ai pas révélé qui il était. J’ai seulement prié pour que les autres ne lui proposent pas de rester passer la nuit.

Je n’ai jamais réussi à en parler, parce que, ce qui me fait davantage souffrir que les faits eux-mêmes, c’est d’entendre l’avis des autres, de ceux qui ne savent pas comment cela arrive. Alors, parler de cela à quelqu’un qui ne comprendrait pas et qui nierait ma douleur, ce serait pire que la cicatrice elle-même. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais rien dit. Je me sentais en partie responsable, coupable même, puisque c’est le mot, et je ne trouvais d’expérience similaire chez personne. Jusqu’à ce que Karine Tuil, dans son roman Les choses humaines, aborde le sujet. Celui baptisé « zone grise ». Elle explique comment cela peut arriver, certes. Néanmoins, on referme le livre en se disant, il y a juste eu incompréhension entre deux personnes, parce que l’une n’a pas su s’exprimer et l’autre n’a pas su écouter, voir, sentir. La jeune fille n’a pas dit non. C’est exactement ce que je me reprochais à moi-même. Le mot n’était pas sorti. A aucun moment.

Et puis j’ai lu Zone grise, de Loulou Robert. Même si j’ai eu du mal à accrocher au style littéraire, Loulou Robert exprime parfaitement ce que je ressentais jusqu’alors. C’est exactement ce qu’il s’est passé. J’étais une fille. Une fille bien élevée. A moi, on m’avait appris à être polie, à être gentille et à faire plaisir. On m’avait appris à dire oui. On m’avait montré des dessins animés et des films dans lesquels l’homme aimé se comporte tendrement. On m’avait formatée. Ajoutez à cela l’absence de père - en très raccourci - , le manque d’estime de soi, une bonne dépression, et on obtient ce résultat. On m’avait par ailleurs appris que ces choses arrivent aux jeunes femmes légères, frivoles, belles, seules qui se baladent la nuit dans les parkings.

La réalité, c’est que j’ai été sidérée. Je n’ai pas dit non parce que je me suis sentie piégée, tous les éléments de contexte m’avaient mise en confiance. Alors, quand les choses ont dérapé, ce qui m’est venu à l’esprit n’a pas été « Je dois dire non et partir s’il le faut ». Ce qui m’est venu à l’esprit, c’est « Je ne peux pas partir, cela serait malpoli, cela paraîtrait étrange ». Je sais que cela paraît dingue, mais je me suis fixé une heure à partir de laquelle décamper ne paraîtrait plus impoli ni étrange. Et je me suis focalisée sur les chiffres du radioréveil qui tournaient. Rien d’autre. Jusqu’à ce que les choses prennent une tournure insoutenable, que je pleure, et qu’il me libère en me disant qu’il vaudrait mieux que nous ne nous revoyions pas et qu’il faudrait n’en parler à personne. Je suis rentrée chez moi, je me souviens encore quelles rues j’ai emprunté. A ce moment je n’avais pas du tout conscience de ce qu’il venait de se passer. Je suis rentrée, et j’ai pris une douche. C’est très cliché. J’ai ressenti le besoin de me laver intégralement. Cet épisode me laissait un goût amer, un malaise. Je le voyais comme un ébat sexuel qui avait mal tourné.

Lorsqu’il a voulu me revoir, j’ai refusé. Je ne savais pas pourquoi je refusais, mais je l’ai fait. Ce n’est qu’un an après environ, lorsque l’odeur de tabac froid et certains gestes me sont devenus insupportables, que la scène m’est revenue en mémoire et que j’ai commencé à m’interroger sur la nature de ces ébats "ratés". Je n’arrive pas à employer le mot viol. Je n’arrive pas à l’appliquer à mon propre cas, parce que je n’ai pas dit le mot magique, Non.

Un garçon, face à une fille plus que passive, inactive, dont le regard est perdu dieu sait où, ne se pose-t-il vraiment aucune question ? Faut-il vraiment le dire, ce Non ? Haut et fort ?

Que Loulou Robert se rassure… près de 10 ans après, adulte et dans une situation semblable (en confiance, avec des gens que je connaissais très bien), lorsque j’ai senti que les choses allaient déraper, lorsque j’ai su ce qu’il allait se passer, une fois encore je me suis sentie coincée. Tout ce que j’ai pensé c’est « il faut que je dise Non, pour que cette fois-ci je ne ressente pas la culpabilité de ne pas l’avoir dit ». Je l’ai dit au moins deux fois. Que Loulou Robert se rassure donc, le résultat a été strictement identique. La différence, c’est que ce mâle-là n’avait absolument pas conscience de ce qu’il avait fait. Mais vraiment pas. Et c’est d’ailleurs un volet que l’on retrouve aussi bien chez Karine Tuil que chez Loulou Robert. Les filles sont éduquées pour dire oui, les garçons pour prendre. Tout commence par l’éducation. J’en suis convaincue. Oui, peut-être que ce qui m’est arrivé aurait pu être évité. La convergence de deux mauvaises éducations a abouti à ce résultat.

Dans le deuxième cas, comme je le disais, l’autre n’a pas pris conscience de ses actes (j’ai su par la suite qu’une autre jeune femme l’avait accusé de viol, je n’étais donc pas la seule… cela semblait lui faire mal, il ne comprenait pas) ; dans le premier cas, j’ignore si l'autre savait ce qu’il faisait et l’ignorerai toujours.

Je n’ai qu’une conviction intime. Le fait de l’avoir recroisé, à cette soirée sur la plage, et qu’il ait salué absolument tout le monde sauf moi, me laisse penser qu’il l’a su à un moment donné. Est-il devenu quelqu’un de meilleur aujourd’hui ? Peut-être. Je ne le saurai jamais. J’ai oublié son nom de famille. Mais je n’ai pas oublié la maison.

Je n’ai jamais oublié la main sur ma nuque et je peux réagir violemment quand on me touche la nuque, je ne le contrôle pas. Je suis méfiante quand je rencontre un nouvel homme. Ils n’en parlent pas mais ils perçoivent. A un geste de repli, à mon cœur qui bat trop vite, à un regard qui change.

C’était un lundi.

C’est étrange, la première fois m’a marquée davantage que la deuxième, qui elle-même m’a marquée davantage que la troisième. A croire qu'on s'habitue. Adulte et pourtant, toujours vulnérable (bien que la troisième, je n’aurais vraiment rien pu faire).

Les gens qui jugent ne savent pas comment cela arrive. Cela dépend du vécu bien sûr, il y a indéniablement une part de subjectivité, mais pas que. Au moment où cela arrive, le cerveau s’arrête de penser. Le mien s’est arrêté. J’ai attendu que cela passe, je ne me souviens d’ailleurs pas de grand-chose. Juste des sensations. Tactiles, olfactives. Des chiffres du réveil. C’est tout.

Aujourd’hui, 15 ans après, j’arrive à dire au moins cela. Enfin, à écrire cela. Anonymement. C’est un début. C’est un service que je me rends à moi-même. Pour alléger mon cerveau.

16 avril 2020

"SEP"

Il se produit comme un court-circuit dans mon cerveau. Au moment où je lis ces mots. Sclérose en plaques. Je n'arrive pas à intégrer. Y associer ton prénom, c'est non, je refuse. Et puis mon cerveau assimile et je me sens profondément triste.
Tu es seule dans cet hôpital où personne n'a le droit de te rendre visite, je crois que je sais, au moins un peu, le choc, l'incompréhension, le sentiment d'injustice, les espoirs anéantis, la peur du futur.
Ta vie a basculé à jamais. La nôtre un peu aussi. Quand j'étais enfant je vous voyais comme le modèle de la famille heureuse, à qui tout sourit. Je vous ai toujours un peu enviés, sans jalousie, sans mauvaise intention. Je me demandais simplement pourquoi moi je vivais tant de malheurs, pourquoi j'étais née du mauvais côté, je me sentais comme un personnage du livre des Baltimore... Aujourd'hui encore j'avais dans l'idée que vous étiez intouchables. C'est comme un mythe qui s'effondre.
Aviez-vous connu trop de bonheur et cela se paie-t-il un jour.
Tu es belle, tu es jeune, tu es bosseuse, tu es drôle, tu as tout pour toi..et ce n'est pas que je souhaite à quiconque de connaitre ce sort mais, cela me peine énormément que la maladie te prenne toi.
J'ignore si toi tu aurais été peinée pour moi. J'ai toujours eu l'impression de vous aimer plus que vous ne nous aimiez nous. Les gens à qui il arrive des choses tristes on a plutôt tendance à les fuir.. A partir d'aujourd'hui tu vas devoir apprendre qui sont tes véritables amis.. Je ne te le dirai probablement jamais mais je t'aime beaucoup et je ne trouve plus de mots pour exprimer ma tristesse. 

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20 février 2020

Insomnies.

Impossible de dormir. Je m'observe, m'aperçois que les pensées fusent. J'ai besoin de me calmer pour trouver le sommeil et l'endormissement. Alors je m'imagine arriver à ce croisement de rues. Dans la rue de l'Université les voitures passent à toute vitesse. Je ferme les yeux et décide de traverser au petit bonheur la chance. Une berline noire ne s'arrête pas et me projette quelques mètres plus loin sur une camionnette blanche stationnée là ; je retombe lourdement sur l'asphalte. En position fœtale, plus aucun bruit. Tout s'arrête pour moi, enfin je me sens bien. Personne ne s'apercevra de mon absence ce matin-là. Ma famille s'interrogera quelques jours plus tard.
Mettre un terme à tout cela semble si... réalisable.
La pensée m'apaise et tout en me laissant pour morte sur la chaussée de la rue de l'Université je glisse enfin dans le sommeil.

7 janvier 2020

31.12.2019

T'es complètement à côté de la plaque Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond chez toi Mauvaise foi Mieux fait par quelqu'un d'autre Il serait temps que tu t'en rendes compte Tu es très jolie ma chérie.
20 avril 2019

J'ai envie. J'ai envie et j'ai craqué. A force de

J'ai envie. J'ai envie et j'ai craqué. A force de te lire me descendre plus bas que terre je me suis détestée et je n'ai pas résisté. Je suis retournée à ma première drogue. Celle qui me calme. Celle qui transforme les larmes et me fera tenir. Le livreur a sonné. Personne ne m'avait prévenue qu'il se contenterait de déposer en bas. Il refuse de monter et pendant un bref instant j'ai envie de lui exploser la tronche, alors qu'il me regarde et me demande si ça va aller tout en comprenant que non évidemment que non ça ne va pas aller. Je m'en sors parce que malgré ma faiblesse je suis une grande fille. Une fois remontée je me sens horriblement seule. Délaissée plutôt. L'envie se fait insoutenable maintenant mais je dois partir. Pour ce week-end de Pâques. Sourire et faire semblant, encore, que tout va bien.
1 mars 2019

Je n'ai jamais été aussi frileuse.J'ai le

Je n'ai jamais été aussi frileuse.
J'ai le sentiment d'usurper une vie.
Comment trouver ma place dans une vie déjà construite ?
Comme on préfère généralement obtenir le premier rôle, on rêve rarement de devenir seconde épouse.

11 février 2019

11.02.2019

Je suis d'abord agacée par une bande de gamins bruyants et sans gêne. Puis par un groupe de lycéens plaisantant au sujet de leurs révisions pour le bac de français. Alors je me demande ce qui m'agace réellement. Le bruit qu'ils font, indifférents à ceux qui les entourent, ou bien leurs rires et leur insouciance ? Ils représentent, chacun leur tour, tout ce que je ne suis plus. Devant eux s'ouvre le champ des possibles ; je leur envie cette liberté, moi qui me sens asphyxier dans la vie que j'ai tracée, moi qui rêve de déménager à 2 heures de là, qui voudrais faire de mes jours une succession de folies, moi qui doute de pouvoir aimer le même homme toute une vie, qui doute même qu'un seul homme me suffise. Il y a ce que je voudrais être, accomplir sur le papier, probablement influencée par la société, les modèles admis, et puis il y a ce que je ressens profondément ; les deux sont en conflit permanent.
Je les envie, à l'aube de leur vie adulte, à cette tranche de vie où tout, absolument tout et tous les choix semblent permis.

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